J'ai acheté ma K2 Plus en crowdfunding sur le site de Creality, je l'ai reçue parmi les premières unités livrées, et le compteur affiche aujourd'hui environ 900 heures d'impression. Elle a imprimé du PLA, du PETG, de l'ASA et du polycarbonate ; des pièces fonctionnelles, des prototypes, des figurines et des pièces de cosplay qui exploitent son volume de 350 mm. Ce retour d'expérience raconte ce que ça fait, concrètement, de vivre avec cette machine sur la durée.
Machine achetée avec mon propre argent (campagne de financement participatif Creality, livraison parmi les premiers backers). Aucune unité presse, aucun partenariat, aucun lien sponsorisé. Pour la fiche technique complète et la comparaison avec les autres K2, voir notre guide de la gamme K2 — ici, on parle uniquement d'usage réel.
Pourquoi la K2 Plus
Ce qui m'a décidé à l'époque : le volume de 350 × 350 × 350 mm, le caisson chauffant, la buse 350 °C et le CFS pour le multicolore — le tout à un tarif crowdfunding agressif. Soutenir une campagne, c'est accepter un pari : firmware jeune, écosystème pas encore rodé, retours utilisateurs inexistants. Les premiers mois ont d'ailleurs eu leur lot de mises à jour correctives, mais le firmware s'est nettement stabilisé depuis.
Je ne referai pas la fiche technique ici — le guide complet de la gamme s'en charge. L'essentiel à retenir pour la suite : CoreXY fermée, caisson chauffant jusqu'à 60 °C, plateau 120 °C, et le CFS quatre bobines pour la couleur.
900 h plus tard : le quotidien
Le meilleur compliment que je puisse faire à cette machine tient en une phrase : je lance des impressions sans vérifier. Sans vérifier que la première couche accroche, sans rester devant les cinq premières minutes, sans surveiller à distance « au cas où ». J'envoie le fichier depuis le slicer, la machine calibre, imprime, et je reviens chercher la pièce. C'est un luxe que seuls ceux qui ont connu des machines capricieuses peuvent mesurer.
Cette confiance ne vient pas de nulle part : le nivellement automatique et la calibration du débit à chaque lancement font le travail, et la caméra de buse rattrape ce qui pourrait déraper. Sur 900 heures, les échecs d'impression se comptent sur les doigts d'une main côté monocolore — et quand ça a raté, c'était en général ma faute (mauvaise orientation, supports oubliés) ou celle du multi-matériaux, on y revient.
Résultat : la K2 Plus est devenue mon imprimante principale, celle qui tourne par défaut. Les pièces fonctionnelles du quotidien, les itérations de prototypes, les figurines à offrir, les grandes pièces de cosplay en plusieurs sections — tout passe par elle.
La relève automatique de bobine du CFS. Sur une grande pièce qui consomme plus d'une bobine, le système bascule seul sur la bobine suivante du même matériau. Pour le cosplay et les pièces de 20 h et plus, c'est la fonction que j'utilise le plus — bien plus que le multicolore.
Les matériaux testés
En 900 heures, j'ai fait passer par cette machine tout ce que mon usage demande. Le bilan par matériau :
| Matériau | Verdict après usage |
|---|---|
| PLA | Sans histoire. Le matériau du quotidien, rapide et propre, y compris en multicolore via le CFS. |
| PETG | Très fiable une fois le filament sec (le CFS aide justement à le garder au sec). Mes pièces fonctionnelles par défaut. |
| ASA | Le caisson chauffant fait le travail : pas de warping notable sur mes pièces d'extérieur. Pensez à la ventilation de la pièce. |
| PC | Oui, du vrai polycarbonate. Buse chaude + plateau 120 °C + caisson : ça passe, avec un séchage sérieux du filament au préalable. |
| TPU / flexibles | Le point faible. Même en chargement direct (le CFS ne les accepte pas), les résultats sont irréguliers. Ce n'est pas la machine pour ça. |
La vraie surprise pour moi, c'est le polycarbonate : sur une machine grand public, imprimer du PC utilisable pour des pièces mécaniques, sans bricolage, ce n'était pas gagné. L'enveloppe thermique (buse 350 °C, caisson chauffant) fait une différence réelle par rapport aux machines ouvertes.
À l'inverse, soyons clairs sur le TPU : si les flexibles représentent une part importante de vos impressions, la K2 Plus n'est pas le bon outil. Le circuit du CFS les refuse (c'est documenté et logique — un filament mou dans un long trajet Bowden, ça bourre), et même en façade, je n'ai jamais obtenu la régularité que j'ai avec les matériaux rigides.
Ce que j'apprécie
- La qualité d'impression. Constante, propre, sans réglage permanent. Les calibrations automatiques à chaque lancement y sont pour beaucoup.
- Le volume de 350 mm. On n'y pense plus jusqu'au jour où on imprime un casque de cosplay en deux sections au lieu de six. Le grand volume change la façon de concevoir les pièces.
- La vitesse. Une CoreXY moderne : les pièces du quotidien sortent en heures, pas en journées, sans sacrifier la finition.
- Le CFS. Autant comme boîte sèche permanente et relève automatique de bobine que pour le multicolore proprement dit.
- Creality Print. Le logiciel maison est simple, efficace et bien intégré à l'écosystème Creality.
- La fiabilité. C'est le point central de ce retour : 900 heures, très peu d'échecs, aucune panne matérielle sérieuse à ce jour.
- Le bruit contenu. Pour une machine de cette taille et de cette vitesse, elle reste raisonnable — elle tourne dans mon espace de vie sans me chasser de la pièce. (Un bémol sur le ventilateur d'alimentation en veille, voir les upgrades envisagés.)
Ce qui coince
- Le TPU, donc. Voir plus haut : ce n'est pas la machine pour les flexibles. Point.
- Multicouleur ≠ multi-matériaux. C'est la nuance que le marketing ne fait jamais. Imprimer quatre couleurs du même matériau, ça marche. Mélanger des matériaux différents dans une même impression (PLA + PETG pour des supports détachables, par exemple), c'est une autre histoire : le gaspillage de purge explose, et les différences de température provoquent des bouchons fréquents. Après plusieurs tentatives, j'ai arrêté le multi-matériaux — le multicolore mono-matériau, lui, fonctionne. Notre guide multicolore explique pourquoi cette limite est structurelle sur les systèmes mono-buse.
- Imposante et lourde. Comptez l'encombrement d'un petit frigo de bureau et environ 33 kg. Personnellement ça ne m'a jamais dérangé — elle a sa place attitrée sur un meuble solide — mais mesurez votre emplacement avant d'acheter, et prévoyez d'être deux pour la déballer.
Ne comptez pas sur un CFS (ni sur un AMS, d'ailleurs) pour des combinaisons de matériaux exigeantes. C'est le territoire des machines à têtes multiples — voir notre panorama des imprimantes multi-têtes.
Mes upgrades installés
Après quelques centaines d'heures, on sait exactement ce qui manque à sa machine. Voici les quatre modifications que j'ai réellement installées, dans l'ordre où je les referais.
1. Le réservoir de récupération de purge (« poop chute »)
Chaque changement de couleur éjecte un petit boudin de purge à l'arrière de la machine. Sans rien, ça finit en tas par terre. Un réservoir imprimé fixé à la goulotte récupère tout proprement — à vider de temps en temps. C'est l'upgrade le plus bête et le plus immédiatement utile de la liste, et il se fabrique avec la machine elle-même.
2. Les filtres HEPA
Dès qu'on imprime de l'ASA ou du PC dans un caisson fermé, la question des émanations (COV et particules fines) se pose. J'ai donc modelisé et ajouté une filtration HEPA en complément du filtre d'origine. Ce n'est pas un gadget : la machine tourne dans un espace de vie, et l'odeur d'ASA a nettement diminué. Si votre imprimante est dans un garage ventilé, c'est moins critique ; dans un bureau, je considère ça indispensable.
3. Le plateau Cryogrip
Le plateau d'origine fait le travail, mais le Cryogrip de chez BIQU a réglé définitivement la question de l'adhérence : les pièces tiennent sans colle ni laque, y compris les grandes surfaces sujettes au décollement de coins, et se détachent d'elles-mêmes une fois le plateau refroidi. Depuis que je l'ai installé, la question « est-ce que ça va accrocher ? » a tout simplement disparu de mon workflow — c'est une des raisons pour lesquelles je lance mes impressions sans surveiller.
4. Buse 0.6 en carbure de silicium
J'ai remplacé la buse 0.4 d'origine par une Phaetus 0.6 en carbure de silicium, beaucoup plus résistante à l'abrasion. Deux bénéfices en un : je peux imprimer des filaments chargés (carbone, glow…) sans creuser la buse, et le passage en 0.6 accélère nettement les grosses pièces pour une perte de détail que je ne remarque pas sur mon usage. Sur une machine dont l'intérêt est le grand volume, la 0.6 est à mon avis le meilleur diamètre par défaut — notre guide des diamètres de buse détaille ce compromis.
Upgrades envisagés
Trois modifications sont sur ma liste, repérées au fil des heures d'utilisation :
- Plateau en graphite (r3men). Un bed en graphite pour obtenir une surface parfaitement plane — le nivellement automatique compense les défauts du plateau d'origine, mais une base réellement plate reste supérieure pour les grandes pièces pleine surface.
- Système de buse Microswiss. Des buses interchangeables rapidement, sans démontage : pratique pour alterner entre la 0.6 du quotidien et une 0.4 pour les pièces fines, en quelques secondes.
- Upgrade de l'alimentation. Mon seul vrai reproche acoustique : le ventilateur de l'alimentation tourne même quand la machine est en veille et n'imprime pas. Certaines alimentations de meilleure qualité coupent complètement leur ventilateur en veille — c'est le remplacement que je ferai pour une machine totalement silencieuse au repos.
Pour une vue d'ensemble des améliorations qui valent le coût (toutes machines confondues), voir notre guide des upgrades.
Verdict après 900 heures
La K2 Plus a fait exactement ce que j'attendais d'elle, et un peu plus : c'est devenu la machine par défaut, celle qu'on ne remarque plus parce qu'elle fonctionne. Grande, rapide, fiable, à l'aise du PLA au polycarbonate, avec un CFS dont la vraie valeur quotidienne est le stockage au sec et la relève de bobine.
Elle n'est pas pour tout le monde : si vous imprimez beaucoup de TPU, passez votre chemin ; si vous rêvez de multi-matériaux (et pas seulement de multicolore), le mono-buse vous décevra ; et si votre bureau est petit, mesurez deux fois. Mais pour un maker qui veut une machine principale polyvalente, grand volume et sans surveillance, après 900 heures, je re-signe.
900 heures plus tard, la K2 Plus est la machine que je ne surveille plus — et c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à une imprimante 3D.